Alexandra Schmitz exerce un métier que peu de gens connaissent mais dont le résultat orne les montres les plus prestigieuses. Angleuse indépendante, elle a créé sa propre structure pour enseigner et perpétuer l’anglage horloger, une technique de décoration des pièces en voie de disparition dans les formations professionnelles.
Une précision éclatante

Sous le microscope binoculaire, chaque pièce métallique se révèle. Une lime passe sur l’arête, encore et encore. Quand le travail est réussi, la caméra qui diffuse l’image en direct sur l’écran de l’atelier sature et éblouit tout. Alexandra Schmitz utilise alors un binoculaire double, un équipement plus coûteux mais indispensable pour finaliser le travail. L’anglage consiste à biseauter et polir les arrêtes des composants d’un mouvement pour leur donner un éclat final. À l’origine, le geste était avant tout fonctionnel : il permettait d’éliminer les bavures et les impuretés résiduelles. Peu à peu, la technique est devenue purement esthétique. Aujourd’hui complexe et minutieuse, elle s’invite sur presque toutes les pièces des mouvements haut de gamme.
Quand les entreprises ont arrêté de former
Alexandra Schmitz a appris ce métier comme beaucoup dans sa génération : « sur le tas ». Pendant longtemps, les maisons horlogères formaient elles-mêmes leurs angleurs en interne. Toutefois, transmettre prend du temps et coûte cher. Dans une industrie en recherche permanente de productivité, ces apprentissages ont progressivement disparu. « Il n’y a pas d’école d’anglage », constate l’artisane. Elle s’est donc retrouvée à former ses collègues, presque naturellement, jusqu’au jour où elle décide de franchir le pas.
Cent heures pour commencer
Si elle poursuit ses activités de sous-traitance, son entreprise propose désormais un parcours de formation pour que le geste continue de vivre. Une journée découverte permet de prendre connaissance avec les bases de ce métier original. Ensuite, les élèves, en petit groupe de quatre, feront leur apprentissage : 40 heures pour un perfectionnement, 100 heures pour une formation complète. Le plus grand défi technique reste l’angle rentrant, un angle interne qui exige une ligne parfaitement droite. Trouver 45° à l’œil nu demande une patience qui s’acquiert sur le long terme. Une pratique sur le temps long est indispensable : « il faut au moins un an de travail pour maîtriser pleinement le geste », reconnait la formatrice. La maîtrise ne vient pas seule, l’anglage emprunte aux métiers voisins comme la gravure ou le sertissage. « On vient voler des outils », sourit Alexandra. Un métier-carrefour, entre art et mécanique.
Un geste à portée de regard
Aux 24h du temps, Alexandra Schmitz fera des démonstrations sous le regard du grand public. L’occasion de montrer que derrière une montre de prestige se cachent, une recherche de perfection née de savoir-faire souvent invisibles, portés par des artisans qui les transmettent, faute d’école pour le faire. « Il y a beaucoup de métiers annexes peu connus dans l’horlogerie », rappelle-t-elle. Une façon, aussi, de faire exister l’anglage là où il n’a pas encore de place officielle.
Retrouvez Alexandra Schmitz lors de la 12e édition des 24h du temps, les 20 et 21 juin, dans la cour du Palais Granvelle. Découvrez également les autres artisans présents ainsi que le programme complet sur les24hdutemps.fr
Photos : Noé Cotter