Une âme un peu sauvage, un talent éruptif, le goût des ailleurs qui viennent à soi, des ailleurs où il s’évade, Rémy Pointurier en façonne son quotidien d’artiste sculpteur.
Devenir sculpteur, ça ne se décide pas. Il suffit parfois juste d’un geste, a priori anodin, un jour, un hasard, mais décisif. Réparer juste une crosse pour téléobjectif va entraîner la réalisation d’une crosse similaire, améliorée et complexe. A l’époque, Rémy n’a que 17 ans, et aucune formation à l’art de sculpter. Qu’importe, il s’essaye ensuite sur un morceau de bois dont il tire un faucon, son œuvre inaugurale. Des années plus tard, un singulier concours de circonstances amène cet autodidacte inspiré à rencontrer Johnny Hallyday pour lequel il sculpte quatre « Johnny », partis à la LauraDav, maison tropézienne du chanteur, à Gstaad, à Los Angeles…
Processus de création
Depuis, des collectionneurs privés, des mécènes l’entourent d’un appétit solide et avisé pour ses créations, en bois, pour les pièces « intimes », en pierre, pour des œuvres plus volumineuses, c’est selon. « Mon sujet détermine le matériau et les dimensions. Il me faut établir un accord entre la matière, sans défauts, mon motif et moi. » Pour les œuvres de grand gabarit, « le besoin d’espace, mental et physique, est une nécessité. » Il lui est arrivé par exemple de se rendre jusqu’en Patagonie, comme appelé, chercher un marbre bleu azur d’1t pour réaliser « Le sang des loups »*, hommage à la carrière de Johnny, avec autorisation et contribution de la star.
Un lieu isolé de tout, condition sine qua non, grue et autres instruments, le propulsent alors dans la mise en forme d’un imaginaire pétri de blues et d’un romantisme sans références autres que les siennes. Un style figuratif bien à lui, qu’il ne définit pas. « C’est aux autres de le faire. »
Libre
Epris « pathologiquement » de liberté, de grands espaces, d’anticonformisme, de rêves encore à éclore, l’artiste ne travaille jamais sur commande. Deux exceptions à cette règle : « Les enfants de la paix » à Torpes et « L’envol de la liberté » à Boussières, « sur demande de mes enfants. » On lui a proposé par exemple de faire un Victor Hugo. Refusé. « Rien à dire sur le grand romancier poète. » Il se préfère à cavaler dans l’indianisme, la vie au grand air, l’univers rock. Le roc, il ne le transforme ni pour l’argent ni par passion. Ce sont une succession et conjonctions d’états d’esprit, de sites pleins de souffle et d’envies d’expression qui enclenchent le rapport sensible, manuel et intellectuel à la matière. Sa prochaine œuvre avoisinera les 10t de pierre. Un secret pour l’instant, qui va lui demander « de l’élan », un grand défi physique et pas mal de temps, le temps, cette ultime « matière » qui ne se sculpte qu’au gré de souvenirs, de projets, de blocs de vie. A quand une rétrospective, pour celui qui ne s’expose qu’en ligne ?
Site : remypointurier.fr
* vidéo intégrale sur Youtube










