Septembre 1944. Les Américains arrivent à Besançon. Comme tous les Bisontins, Henriette Rahn, 19 ans, attendait ce moment depuis des mois. Pourtant, derrière le soulagement, un souvenir demeure gravé :

J’ai été la dernière personne à traverser le pont de la République avant que les Allemands ne le fassent sauter. On m’a dit de courir. J’ai entendu l’explosion. J’ai eu si peur.

Plus que la joie de la Libération, c’est le poids de la guerre qui reste ancré : « Cela faisait des années qu’on était vraiment malheureux, rationnés pour manger, s’habiller et se chauffer. Cela nous a marqués. » Employée dans un service d’aide aux déportés et internés rapatriés, elle rencontre Jacques Michelot, ancien membre du groupe FTP (Francs-tireurs et partisans) Guy- Mocquet, revenu des camps de Dachau et d’Allach (Allemagne – banlieue nord-est de Munich), avec lequel elle aura 3 enfants. Veuve à 51 ans, Henriette Michelot reprend des études de droit et devient clerc de notaire pendant trente ans. Elle prend également la présidence départementale de l’association des déportés, internés et familles de disparus.
Aujourd’hui membre du conseil d’administration du Musée de la Résistance et de la Déportation, décorée de la Légion d’honneur et de l’ordre national du Mérite, Henriette Michelot, 101 ans, résume le moteur d’une vie : « Quand on a manqué de tout, on a une revanche à prendre. » Ni la guerre ni les années n’ont eu raison d’elle. À l’image de sa ville natale, elle demeure une citadelle imprenable.